Mes aïeux, quelle nuit ! Autant la première nuit à Yosemite avait été calme et bear-free, autant la seconde a eu son lot d'évenements. Je me pieute à 22h, tout fourbu de mon trek en prenant la précaution de boire une baignoire d'eau histoire d'éviter les courbatures. Conséquence logique, je me réveille en pleine nuit avec une envie pressante. Bon, je croise les doigts pour ne pas croiser Papa ours et Maman ourse sur les 50m qui me séparent des toilettes. Aller sans problème, retour sans problème. C'est au moment où je m'apprête à rentrer dans ma tente que j'entends juste sur ma gauche un tonitruant "GO BEAR GO GO, GO BEAR", et un faisceau de Maglite qui s'agite en tous sens. Rassemblant tout mon courage, je plonge dans ma tente jusqu'au fond de mon sac et referme illico la fermeture éclair. Dix secondes plus tard, un gros truc passe au galop juste devant ma tente en grognant, suivi de près par le Ranger qui continue à brailler tout ce qu'il peut pour effrayer la bestiole... Youpi !!! Dix secondes au toilettes en plus et on aurait bien rigolé, le ranger chassant l'ours chassant le Robin en calbute...

Je devenais donc de fait officiellement l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours. Forcément, après ça on met un peu plus de temps à se rendormir, en cherchant vainement la réponse à la question "Mais qu'est ce que je fous là ???" Et une heure après, encore un cas (ce coup, une variante : "GET OUT BEAR, GET LOST"), puis des coups de feu, puis encore un GO BEAR. Réveil 7h, personne ne m'a mangé une jambe pendant la nuit, tout va bien.

Je reprends donc la route, et il est temps car un gros front froid et en train de s'enfoncer dans les terres. A 10h, lorsque je repasse le Tioga, le ciel est bien couvert. Je rattrape mon retard sur le front qui descend comme moi vers le Sud, mais moins vite que moi. Bridgeport, Big Pine, Low Pine, et je bifurque direction la Vallée de la Mort, Death Valley en local. La route devient un long ruban rectiligne noir, avec personne dessus, et personne aux alentours, pendant une bonne centaine de km. En plein désert, on monte à 4000ft, puis on descend dans une première vallée à 2000ft, puis on remonte à 4000ft, sous un soleil de plomb (il y a des endroits pour ravitailler en liquide de refroidissement tellement les moteurs encaissent)



Et la on redescend à 0ft ! C'est pas tous les jours qu'on se tape plus de 3000m de dénivellé dans la journée, du Tioga Pass au fond de Death Valley, qui est en dessous du niveau de la mer. Et Death Valley, c'est un peu la Lune en couleur. C'est désertique. Le ciel est bleu foncé. Le soleil tape dur. Le fond est constitué d'un lac assechée, devenu aujourd'hui une grande étendu de sel et de poussière. Mais tout le spectacle de Death Valley réside dans les deux massifs qui la bordent à l'Ouest et surtout à l'Est. Des massifs rocheux jaunes, rouges, ocres, bruns, verts, blancs, on trouve toute la palette. Splendide.








Mais la contemplation sera de courte durée car le front froid me rattrape, et un vent phénoménale se lève dans la Vallée, soulevant un nuage de poussière et de sable qui bouche la visibilité. J'arrive au camping dans lequel j'avais prévu de passer la nuit : pas un chat, et pour cause, il n'est même pas immaginable de monter la tente avec un vent pareil. Il va falloir passer au plan B : un motel pas trop loin. Mais pas trop loin, ici, ca veut dire 100km. J'arrive donc en fin de journée, à Shoshone, Nevada, 3 pelés et un tondu, ambiance Bagdad Cafe. Le motel est miteux, cher, mais il a le mérite d'être là et d'avoir le WiFi. Une bonne douche pour enlever le sable des oreilles, et il est déjà temps de préparer la journée de demain. Le front froid continuant de descendre, la pluie arrive et le froid aussi. J'abandonne donc mon plan initial de poursuivre dans la Vallée de la Mort pour visiter un musée dans la banlieue de Los Angeles, avant de remonter sur Mojave et Edwards AFB.



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