S'envoler est un art

Daedalum

samedi 24 novembre 2007

Supermarine S.6A

L'Aviation est une jeune centenaire, qui n'arrive sans doute qu'aujourd'hui à l'âge adulte. Elle n'a eu de cesse de s'améliorer ces cents dernières années, avec parfois des périodes de stagnation, et parfois des grandes poussées de sève. On dit que les progrès de l'Aviation ont surtout été le fait des appareils militaires, et qu'avec le temps ces avancées motivées par le besoin de taper sur son voisin ont pu être bénéfiques à l'Aviation civile. Dans la plupart des cas, cela est vrai, et les trois grandes guerres, les deux Mondiales et la Froide, sont là pour nous le prouver.

Pour autant, cela n'a pas toujours été exactement le cas. Il est ainsi possible de trouver, en cherchant bien, quelques exemples d'histoires où les progrès enregistrés par des avions "civiles" ont grandement contribué à améliorer leurs grands frères à cocardes d'une manière plus que significative. Un de ces exemples est la fameuse Coupe Schneider, et une de ces illustrations est le Supermarine S.6.



Jacques Schneider était un riche industriel français passionné par les choses de l'Air, et lui-même aérostier. Il décide en 1912 de fonder la Coupe Schneider sous le patronage de l'AeroClub de France. Il s'agissait d'une course en circuit fermé pour hydravions, dans le but d'améliorer leurs performances et leur fiabilité, à une époque où l'on pensait que le futur de l'aviation commerciale était ces engins mi-flottant, mi-volant. Le but était simple : chaque pays engageait ses avions, que le plus rapide gagne, et le Trophée reviendra définitivement la propriété de celui qui remportera la Coupe trois éditions d'affilée. La Coupe se déroulait dans le pays vainqueur de la précédente édition.

La première compétition eut lieu à Monaco en 1913, à laquelle participa un certain Roland Garros, sur un hydravion qui n'était autre qu'un avion des plus classiques pour l'époque, auquel on avait rapidement fixé une paire de flotteur. Le vainqueur, un Français, remporta la course à la vitesse - aujourd'hui risible - de 73.5 km/h. La Grande Guerre passa, la Coupe fut interrompue le temps que les rancœurs retombent et on en revint enfin à s'expliquer entre gentlemen aux commandes d'avions de plus en plus profilés, et de moteurs de plus en plus puissant. Bien que souvent pilotés par des militaires, ses avions n'en restaient pas moins des pures machines de courses, sans aucune vocation guerrière. Des designs uniques dus au génie de quelques constructeurs inspirés. Des Reginald Mitchell, des Mario Castoldi, des Glenn Curtiss, des Adolphe Bernard. En effet, la coupe se disputa exclusivement entre Anglais, Italiens, Américains et Français, alors à la pointe des machines volantes.




Les "aéroplanes à flotteurs" laissèrent la place aux hydravions à coques, qui eux-mêmes cédèrent le pas aux véritables bêtes de courses, dessinées pour l'occasion pour offrir le maximum de puissance dans le minimum de section frontale, pour limiter la trainée. Le premier du genre fut le Curtiss CR3, qui permit aux Américains d'apporter la Coupe chez eux en 1925, et de la regagner une seconde fois grâce à un certain Jimmy Doolittle. Les Italiens leurs emboîtèrent le pas avec le Macchi M.39 et ramenèrent la compétition à Venise en 1927. La compétition se déroula alors uniquement entre les Anglais et les Italiens, alignant chacun des pur-sang comme le Macchi M.52, le S5 et leurs petits frères le Macchi M.67 et le Supermarine S.6B dont il est ici question. Dessiné par Reginald Mitchell, il est le dernier d'une lignée d'avion aux lignes pures, qui commença avec le S4. Dépouillé à l'extrême, il n'en reste pas moins incroyablement stylé. C'est le S.6B qui donna définitivement la victoire aux Anglais en 1931, à la vitesse record 547.6km/h, soit presque huit fois la vitesse de 1913. Le record fut porté à 610km/h par le même avion en dehors de la Coupe, et fut enterré par le Macchi M.C.72 qui l'établi - fort de ses deux moteurs d'une puissance totale de 2800CV - à 709km/h en 1934. Record absolu pour un hydravion à moteur à piston, qui tient encore de nos jours. Sans doute un des plus vieux records dans l'histoire de l'Aviation. Ce qui était d'autant plus impressionnant, c'est que malgré l'apparent handicap en traînée des deux flotteurs, ces avions étaient de loin plus rapides que n'importe quel avion de chasse de l'époque. Plus prosaïquement, il s'agissait juste des machines les plus rapides du monde. Le premier homme à avoir dépasser les 500km/h l'a fait pendant une Coupe Schneider.



Une simple course ? Certainement pas. On ne multiplie pas la vitesse par un facteur huit uniquement par pur plaisir sportif. Elle devint vite un enjeu national, dans une période où l'on sentait bien que celui qui maîtrisait le ciel maîtriserait bien d'autres choses. Ce qui explique d'une part pourquoi les états-majors la suivait de près, et d'autre part pourquoi le public assistait massivement à ces évènements, agglutiné le long des plages. Elle n'en restait pas moins une simple course, avec ses règles classiques : la victoire, la défaite, l'abandon, la disqualification. Et pour éviter les trois dernières, les constructeurs redoublèrent d'innovation et de d'astuce, aux fur et à mesure qu'ils se confrontaient à de nouveaux progrès techniques.


Pour la Coupe Schneider, ils apprirent à construire des moteurs de plus en plus puissants, tout en améliorant leur rendement et leur fiabilité. Le moteur du S.6 avait été mis au point par un certain Henry Royce, vieux copain de Monsieur Rolls (mort aux commandes d'un avion quelques années auparavant), et développait déjà 1900ch en 1929, quand le chasseur le plus moderne de la RAF n'en avait que 510. Elle relégua aussi rapidement les moteurs à refroidissement par air aux oubliettes, au profit des systèmes à refroidissement liquide bien plus compacts et aérodynamiques. Elle obligea également à passer à des hélices en métal aux formes complexes, capable d'encaisser des vitesses en bout de pales très importantes. Les concepts d'avions biplans fut vite remplacé par celui du monoplan à aile cantilever, bien plus efficace, à condition de maîtriser la technologie des matériaux pour réaliser une aile suffisamment rigide et légère. Enfin, les derniers avions de la Coupe, princes de vitesse, furent les premiers à se confronter aux problèmes de compressibilité de l'air que l'on rencontre à ces vitesses. La leçon fut apprise 'the hard way' après la perte du Supermarine S4 après ce qui semblerait être un flutter d'ailerons. On appris donc à équilibrer les commandes pour éviter ce problème, et à rendre les formes toujours plus aérodynamiques, jusqu'à arriver à la perfection des courbes du S.6.



Très bien, mais en quoi cela a-t-il contribué aux machines militaires ? Et bien cinq ans après la victoire du S.6, Reginald Mitchell dessina un autre avion aux lignes parfaites, propulsé par un moteur Rolls-Royce en ligne à refroidissement liquide, et bénéficiant de toutes les améliorations qui avaient permis la victoire de 1931. Cet avion est bien plus connu que son grand-frère, en particulier grâce à son heure de gloire en 1940. Je parle évidemment du Spitfire, digne successeur du S.6, les mitrailleuses en plus. De son côté, Macchi produira les C.202 Folgore et C.205 Veltro, sans doute les deux meilleurs chasseurs italiens de la Seconde Guerre, et Curtiss sortira le fameux P-40.

Une belle histoire, vieille de presque 80 ans, qui est l'une de ces périodes uniques où se croisent de grands destins, et dont il ressort des machines incroyables de puissance, mais aussi d'élégance. Malheureusement les survivants sont rares - hommes et machines - et l'exemplaire du S.6A présenté ici, N.528, est conservé au Solent Sky - Hall of Aviation de Southampton. Le S.6B vainqueur de 1931 est quant à lui présenté au Science Museum de Londres. Quelques Macchi survivent en Italie, et un Curtiss à Washington. Quoi qu'il en soit, leurs lignes n'ont pas pris une ride et continuent de faire rêver.



PS : Pour ceux qui apprécient ce genre de machines, je recommande chaleureusement la visite du blog de Laurent, Speedbirds.

mardi 13 novembre 2007

Retrospective 2007

La saison a été riche en beaux meetings :) ! Et de facto, je suis pauvre :(( . Mais il n'y a pas de mal à se faire du bien, alors peu importe ! En souvenir de toutes ces belles journées, de toutes ces courbes et de toutes ces décibels, j'ai concocté un petit diaporama de tout ce que j'ai pu voir voler cette année, et Dieu sait si j'en ai vu ! Ensuite, pour vous montrez tout ça, j'avais le choix entre le rythme ou la longueur... Je vous laisse voir par vous même ce que j'ai choisi.



Pour ceux qui n'auraient qu'un Mac, vous pouvez en avoir un aperçu ici, et la video hi-res ici (90Mo).

dimanche 11 novembre 2007

Red Bull Air Races - C'est fini pour 2007

La saison 2007 s'est terminée à Perth le week-end dernier, et pour la première fois le français Ivanoff est monté sur la plus haute marche du podium. Bravo à lui !

Le champion 2007 est l'américain Mike Mangold, déjà vainqueur en 2005. A savoir qu'il était à égalité avec l'anglais Paul Bonhomme en terme de points, 1ere place, 2e place, 3e place, 4e place, 5e place et éliminatoires remportés. Ce n'est que 0.5s malheureuses petites secondes de moins lors d'un éliminatoire à Porto qui permet de les départager !



10 pilotes, 10 courses, 9 pays hôtes et surtout beaucoup beaucoup de spectateurs. Red Bull est en passe de réussir à fermement établir ce championnat dans la paysage sportif et aéronautique. Pour avoir pu assister à celle de San Diego cette année, je dois dire que ça vaut le détour, même si c'est pas facile à rendre en photo. Les vidéos assurent un bien meilleur rendu. Rendez-vous l'année prochaine pour de nouvelles sensations.



lundi 5 novembre 2007

Solar Impulse Alpha

Ce lundi 5 novembre s'est tenue la conférence de presse de présentation du prototype HB-SIA, alias Solar Impulse Alpha, qui servira de démonstrateur de faisabilité pour le projet Solar Impulse. D'une envergure de 60m, mu par quatre moteurs électriques, il est plus petit que son grand-frère qui sera utilisé pour la tentative de tour du monde. L'objectif de HB-SIA est de démontrer qu'un tel concept est décollable, pilotable, et peut voler tout un jour et une nuit sans une goutte de carburant.


Photo (c) Solar Impulse/EPFL


Actuellement construit dans un hangar de l'aéroport de Dübendorf, après seulement 4 ans que le projet ait démarré, HB-SIA doit effectuer ses premiers sauts de puces en 2008 à Dübendorf avant d'être transféré à Payerne pour les essais de vol libre. Il sera ensuite éventuellement transféré dans un lieu un peu plus ensoleillé que la Suisse si nécessaire pour le vol de 36h, en 2009. Une fois cette phase de faisabilité passée avec succès, le grand frère sera construit en tirant les enseignements des vols de HB-SIA et s'élancera à son tour en 2011.

Bertrand Piccard et André Borschberg ont donc présenté ce grand oiseau aujourd'hui. Une grande aile droite aussi large que celle d'un A340-600 et très allongée, recouverte de 200m² de panneaux solaires, quatre petits moteurs électriques entrainant une hélice biplace chacun, placés sous nacelles - deux proches du fuselage (pour une meilleure efficacité de la profondeur ?) et deux relativement éloignées (pour réduire les efforts sur la voilure) - un train monotrace et deux balancelles comme le U-2, un fuselage "poutre", un cockpit monocorps non chauffé (l'avion atteindra pourtant des altitudes assez élevés, et donc des températures assez froides). Les chiffres sont assez impressionnants : une charge alaire de 8kg/m², c'est à dire un avion hyper-sensible à la turbulence, 4x10ch pour la propulsion, 1500kg dont 400 de batterie, autant dire qu'il n'y aura pas beaucoup de marge de manœuvre.


Outre l'aspect aéronautique, l'accent (suisse) a été mis sur 'the Spirit of Solar Impulse", cher à Bertrand Piccard, à savoir démontrer qu'on pouvait penser développement durable et progrès écologique sans que cela devienne une contrainte et une régression de qualité de vie. L'idée n'est pas de s'arrêter de vivre pour ne plus polluer, mais d'utiliser tout ce que la technologie nous offre pour avoir la même qualité de vie en polluant moins. Et Piccard entend bien promouvoir ce discours aux quatre coins de la planète aux commandes de ces avions.



Photo (c) Solar Impulse/EPFL


L'équipe Solar Impulse semble aujourd'hui très forte en terme de ressource techniques et financières, et le projet a déjà une maturité impressionnante à peine quatre ans après les premières ébauches, sachant que pour cette avion il n'a pas suffit de refaire mieux, il a fallu créer, innover et prendre des risques. Toutefois, outre son équipe d'ingénieur, le projet peut compter sur des compétences diverses au travers de l'EPFL, qui étudie les matériaux, la formule aéro et différentes technologies (et qui au passage a réalisé ces images), Dassault Aviation pour la structure et les commandes de vol, Altran qui développe le simulateur, Solvay pour les matériaux, Omega et Deutsche Bank. Difficile de partir de la feuille blanche, mais pourtant aujourd'hui, vu l'avancement et étant donnée la motivation qu'on connait chez Bertrand Piccard, difficile d'imaginer que ce projet n'ira pas au bout !

Certes la route est encore longue, mais elle devient concrète

Liens :
La conférence de presse du 05/11/2007

Le site Solar Impulse

Le site dédié de la TSR

vendredi 2 novembre 2007

Couteau Suisse

Un couteau suisse, c'est un petit machin plein d'outils astucieux et utiles, et à ce titre c'est un joli symbole du pays qui l'a vu naitre. La Suisse c'est pareil. C'est un petit pays plein de gens astucieux et utiles, et c'est particulièrement vrai dans le domaine de l'aviation. A titre d'exemple, je vous parlais ces derniers jours d'Yves Rossy, alias FusionMan, et quelques temps auparavant, je vous parlais du projet d'avion solaire - Solar Impulse - d'un autre suisse génial, Bertrand Piccard. Ce projet grandit chaque jour un peu plus, et aujourd'hui c'est un troisième grand aviateur suisse qui prend part au projet : Claude Nicollier.


© Photo NASA

Né dans le canton de Vaud il y a 63 ans, Claude Nicollier a commencé par être scientifique, avec une licence de physique en poche, qui l'amène à l'observatoire. En parallèle, il devient pilote dans les troupes d'aviation suisse. Il abandonne ensuite l'observatoire pour se faire embaucher comme pilote sur DC-9 chez Swissair, et se fait diplômer en même temps par l'université de Genève en... astrophysique. Bref, Nicollier est le genre de gars énervant qui est réussit tout ce qu'il entreprend avec une humilité désarçonnante.

Il obtiendra ensuite une bourse de l'ESA pour travailler en astronomie infrarouge à Noordwijk. C'est là qu'il sera sélectionné par l'ESA pour faire partie des premiers spationautes en 1978 avec Ulf Merbold et Wubbo Ockels. Il ne volera toutefois pas avant 1992, devenant le premier suisse a quitter l'atmosphère. Il recommencera trois fois, son dernier vol spatial ayant eu lieu en 1999 à bord de Discovery.

Aujourd'hui, Claude Nicollier se lance dans une nouvelle aventure. Il va en effet encadrer l'équipe chargée de réaliser les essais en vol de Solar Impulse, l'avion électrique de Piccard qui doit faire le tour du monde sans une goutte de pétrole en 2011. Et Solar Impulse est le genre d'avion sur lesquels les essais en vol n'ont rien d'une sinécure. Le comportement d'un avion aussi souple n'a rien de trivial Un premier prototype, légèrement plus petit que le vrai (60m d'envergure tout de même) doit décoller de la base de Payerne à la mi 2008 pour valider le concept et débroussailler le terrain. Comment va se comporter la structure ? Sera-t-il suffisamment stable (un avion très stable traine beaucoup et donc consomme beaucoup. Solar Impulse est donc volontairement très peu stable et donc sensible aux turbulences) ? Sera-t-il pilotable ? Voilà, pour rappel, ce qui peut arriver aux avions trop souple au-delà d'une certaine vitesse.



Cela s'appelle le flutter et personne n'a envie de voir comment ça fait parce qu'en général on a peu de chance d'en revenir pour raconter aux copains comment c'était. Charge donc à Nicollier de superviser les essais du panneau solaire volant. Sans doute un sérieux atout pour la crédibilité de ce projet, le Monsieur connaissant sont affaire en pilotage et en technique aéronautique. En parallèle, les équipes multiplient les vols de simulation pour prouver la faisabilité de tentative de vol autour du globe en toute sécurité, quels que soient la couverture nuageuse sur le trajet qui masquera les précieux rayons solaires, les courants aériens qui le ralentiront dans sa course, le trafic aérien qu'il l'obligera à certains détours...

Continuons à surveiller de près ce projet, qui devrait faire parler de lui dans les semaines et mois à venir.