S'envoler est un art

Daedalum

dimanche 11 novembre 2007

Red Bull Air Races - C'est fini pour 2007

La saison 2007 s'est terminée à Perth le week-end dernier, et pour la première fois le français Ivanoff est monté sur la plus haute marche du podium. Bravo à lui !

Le champion 2007 est l'américain Mike Mangold, déjà vainqueur en 2005. A savoir qu'il était à égalité avec l'anglais Paul Bonhomme en terme de points, 1ere place, 2e place, 3e place, 4e place, 5e place et éliminatoires remportés. Ce n'est que 0.5s malheureuses petites secondes de moins lors d'un éliminatoire à Porto qui permet de les départager !



10 pilotes, 10 courses, 9 pays hôtes et surtout beaucoup beaucoup de spectateurs. Red Bull est en passe de réussir à fermement établir ce championnat dans la paysage sportif et aéronautique. Pour avoir pu assister à celle de San Diego cette année, je dois dire que ça vaut le détour, même si c'est pas facile à rendre en photo. Les vidéos assurent un bien meilleur rendu. Rendez-vous l'année prochaine pour de nouvelles sensations.



lundi 5 novembre 2007

Solar Impulse Alpha

Ce lundi 5 novembre s'est tenue la conférence de presse de présentation du prototype HB-SIA, alias Solar Impulse Alpha, qui servira de démonstrateur de faisabilité pour le projet Solar Impulse. D'une envergure de 60m, mu par quatre moteurs électriques, il est plus petit que son grand-frère qui sera utilisé pour la tentative de tour du monde. L'objectif de HB-SIA est de démontrer qu'un tel concept est décollable, pilotable, et peut voler tout un jour et une nuit sans une goutte de carburant.


Photo (c) Solar Impulse/EPFL


Actuellement construit dans un hangar de l'aéroport de Dübendorf, après seulement 4 ans que le projet ait démarré, HB-SIA doit effectuer ses premiers sauts de puces en 2008 à Dübendorf avant d'être transféré à Payerne pour les essais de vol libre. Il sera ensuite éventuellement transféré dans un lieu un peu plus ensoleillé que la Suisse si nécessaire pour le vol de 36h, en 2009. Une fois cette phase de faisabilité passée avec succès, le grand frère sera construit en tirant les enseignements des vols de HB-SIA et s'élancera à son tour en 2011.

Bertrand Piccard et André Borschberg ont donc présenté ce grand oiseau aujourd'hui. Une grande aile droite aussi large que celle d'un A340-600 et très allongée, recouverte de 200m² de panneaux solaires, quatre petits moteurs électriques entrainant une hélice biplace chacun, placés sous nacelles - deux proches du fuselage (pour une meilleure efficacité de la profondeur ?) et deux relativement éloignées (pour réduire les efforts sur la voilure) - un train monotrace et deux balancelles comme le U-2, un fuselage "poutre", un cockpit monocorps non chauffé (l'avion atteindra pourtant des altitudes assez élevés, et donc des températures assez froides). Les chiffres sont assez impressionnants : une charge alaire de 8kg/m², c'est à dire un avion hyper-sensible à la turbulence, 4x10ch pour la propulsion, 1500kg dont 400 de batterie, autant dire qu'il n'y aura pas beaucoup de marge de manœuvre.


Outre l'aspect aéronautique, l'accent (suisse) a été mis sur 'the Spirit of Solar Impulse", cher à Bertrand Piccard, à savoir démontrer qu'on pouvait penser développement durable et progrès écologique sans que cela devienne une contrainte et une régression de qualité de vie. L'idée n'est pas de s'arrêter de vivre pour ne plus polluer, mais d'utiliser tout ce que la technologie nous offre pour avoir la même qualité de vie en polluant moins. Et Piccard entend bien promouvoir ce discours aux quatre coins de la planète aux commandes de ces avions.



Photo (c) Solar Impulse/EPFL


L'équipe Solar Impulse semble aujourd'hui très forte en terme de ressource techniques et financières, et le projet a déjà une maturité impressionnante à peine quatre ans après les premières ébauches, sachant que pour cette avion il n'a pas suffit de refaire mieux, il a fallu créer, innover et prendre des risques. Toutefois, outre son équipe d'ingénieur, le projet peut compter sur des compétences diverses au travers de l'EPFL, qui étudie les matériaux, la formule aéro et différentes technologies (et qui au passage a réalisé ces images), Dassault Aviation pour la structure et les commandes de vol, Altran qui développe le simulateur, Solvay pour les matériaux, Omega et Deutsche Bank. Difficile de partir de la feuille blanche, mais pourtant aujourd'hui, vu l'avancement et étant donnée la motivation qu'on connait chez Bertrand Piccard, difficile d'imaginer que ce projet n'ira pas au bout !

Certes la route est encore longue, mais elle devient concrète

Liens :
La conférence de presse du 05/11/2007

Le site Solar Impulse

Le site dédié de la TSR

vendredi 2 novembre 2007

Couteau Suisse

Un couteau suisse, c'est un petit machin plein d'outils astucieux et utiles, et à ce titre c'est un joli symbole du pays qui l'a vu naitre. La Suisse c'est pareil. C'est un petit pays plein de gens astucieux et utiles, et c'est particulièrement vrai dans le domaine de l'aviation. A titre d'exemple, je vous parlais ces derniers jours d'Yves Rossy, alias FusionMan, et quelques temps auparavant, je vous parlais du projet d'avion solaire - Solar Impulse - d'un autre suisse génial, Bertrand Piccard. Ce projet grandit chaque jour un peu plus, et aujourd'hui c'est un troisième grand aviateur suisse qui prend part au projet : Claude Nicollier.


© Photo NASA

Né dans le canton de Vaud il y a 63 ans, Claude Nicollier a commencé par être scientifique, avec une licence de physique en poche, qui l'amène à l'observatoire. En parallèle, il devient pilote dans les troupes d'aviation suisse. Il abandonne ensuite l'observatoire pour se faire embaucher comme pilote sur DC-9 chez Swissair, et se fait diplômer en même temps par l'université de Genève en... astrophysique. Bref, Nicollier est le genre de gars énervant qui est réussit tout ce qu'il entreprend avec une humilité désarçonnante.

Il obtiendra ensuite une bourse de l'ESA pour travailler en astronomie infrarouge à Noordwijk. C'est là qu'il sera sélectionné par l'ESA pour faire partie des premiers spationautes en 1978 avec Ulf Merbold et Wubbo Ockels. Il ne volera toutefois pas avant 1992, devenant le premier suisse a quitter l'atmosphère. Il recommencera trois fois, son dernier vol spatial ayant eu lieu en 1999 à bord de Discovery.

Aujourd'hui, Claude Nicollier se lance dans une nouvelle aventure. Il va en effet encadrer l'équipe chargée de réaliser les essais en vol de Solar Impulse, l'avion électrique de Piccard qui doit faire le tour du monde sans une goutte de pétrole en 2011. Et Solar Impulse est le genre d'avion sur lesquels les essais en vol n'ont rien d'une sinécure. Le comportement d'un avion aussi souple n'a rien de trivial Un premier prototype, légèrement plus petit que le vrai (60m d'envergure tout de même) doit décoller de la base de Payerne à la mi 2008 pour valider le concept et débroussailler le terrain. Comment va se comporter la structure ? Sera-t-il suffisamment stable (un avion très stable traine beaucoup et donc consomme beaucoup. Solar Impulse est donc volontairement très peu stable et donc sensible aux turbulences) ? Sera-t-il pilotable ? Voilà, pour rappel, ce qui peut arriver aux avions trop souple au-delà d'une certaine vitesse.



Cela s'appelle le flutter et personne n'a envie de voir comment ça fait parce qu'en général on a peu de chance d'en revenir pour raconter aux copains comment c'était. Charge donc à Nicollier de superviser les essais du panneau solaire volant. Sans doute un sérieux atout pour la crédibilité de ce projet, le Monsieur connaissant sont affaire en pilotage et en technique aéronautique. En parallèle, les équipes multiplient les vols de simulation pour prouver la faisabilité de tentative de vol autour du globe en toute sécurité, quels que soient la couverture nuageuse sur le trajet qui masquera les précieux rayons solaires, les courants aériens qui le ralentiront dans sa course, le trafic aérien qu'il l'obligera à certains détours...

Continuons à surveiller de près ce projet, qui devrait faire parler de lui dans les semaines et mois à venir.