PNW’13 – Day 13 – San Juan Islands

Les îles San Juan sont un petit archipel planté au beau milieu du Puget Sound, point central de la zone Seattle-Vancouver-Victoria-Olympic et de tout le trafic maritime qui en découle, prêt à emprunter le passage de la Fuca pour rejoindre le Pacifique. Particularité géographique, un courant d’eaux profondes froides et gorgée d’éléments nutritifs remonte par ce passage jusqu’en surface, emmenant avec elle toute la chaîne alimentaire jusqu’au sommet de la pyramide : l’orque. Une colonie d’une petite centaine d’individus a même établi ses quartiers dans les parages et y passe une grosse moitié de l’année. Neuf mètres, neuf tonnes et la réputation d’être de le plus grand prédateur marin au monde. Le Grand Blanc en mange ses dents. Finalement, dans la région, on trouve trois populations : les rares locaux insulaires, la bourgeoisie de Seattle et les touristes les yeux dans les jumelles qui cherchent à voir un de ces fameux orques. Trois options pour ces derniers : observer depuis le bord de mer (ici c’est possible), les croisières de whale-watching  à moteur, ou pour les vrais aventuriers, le kayak de mer. Bon il est fort probable que la 2e option est celle qui vous offrira le plus de chance de voir une de ces bestioles, mais j’ai quand même opté pour la troisième. Une demi-journée sur l’eau à la fraîche et ensuite quitterai cette île pour celle d’en face.

Réveil tôt, j’aurai bien dormi un peu plus (je sais, encore la même rengaine). Mais si je veux un peu profiter de l’île il faut que je le fasse avant ma virée en kayak, parce qu’après la voiture sera mise en ligne pour le ferry. Pas de réservation pour le bateau ici, first-come, first-served et les files ne sont pas très grandes, il vaut mieux arriver en avance. Je plie vite les affaires, prend mon petit dèj face au Haro Strait qui s’éveille et repars sur la route. D’abord au nord, je vois voir de jour le petit terrain d’aviation privé que j’ai aperçu hier soir. L’île n’est pas grande, mais en plus de tous les hydravions qui posent près du rivage, ils ont quand même trouvé la place d’y caser deux aérodromes. Le temps est beau encore aujourd’hui et les lumières du petit matin donnent bien.

Lime Kiln Point

San Juan

L’île San Juan a aussi un caractère historique. Au milieu du XIXe, un traité définit le 49e parallèle comme la limite entre les Etats-Unis et le Canada, alors britannique. Mais la frontière était beaucoup plus diffuse au niveau du Puget Sound et des ses multiples îles, ce qui entraîna une dispute territoriale futile qui se termina en affrontement entre une garnison britannique et une américaine sur San Juan, pour une histoire de cochon britannique abattu par un paysan américain.  Ce fut la seule victime du conflit. En chemin je m’arrête visiter l’ancien camp anglais. J’espérais avoir le temps de visiter le camp américain au sud de l’île, mais l’heure tourne vite. En plus je me trompe de routes plusieurs fois, ce qui fait qu’à 8h30 je suis malgré moi à Friday Harbor et j’ai donc loupé la pointe sud de l’île et plus le temps d’y aller. Dommage. Seule consolation, un groupe de Turkey Vulture qui se faisaient dorer le long de la route.

San Juan

Turkey Vulture

Je me pointe à la boutique des kayaks, le groupe m’attend. Il me faut prendre le strict minimum en équipement et écouter le briefing. Légalement nous n’aurons pas le droit d’approcher à moins de 400yd/ 360m des orques… Ah, ça fait loin quand même ! Moi qui n’ai pas pris le téléobjectif, on va pouvoir laisser l’appareil photo au sec… Et nous voilà parti en van pour rejoindre… mon point de départ ce matin, le camping, qui donne sur une petite crique répondant au doux nom de Smallpox Bay (la Baie de la Variole) où il est pratique de mettre les embarcations à l’eau et qui donne accès à la zone la plus orquogène des îles. Le van emprunte une route que je n’avais pas prise, qui longe la côte sud. La vue sur la chaîne du parc Olympic de l’autre côté du détroit est magnifique. Mais pas d’orque en vue.

Early start

Kayaking on sea weed

Nice house of the coast of San Juan

Swallpox Bay & Camping

Nous sommes quatre, un père et son fils, indiens, et Tracy, une américaine de Los Angeles qui doit approcher la soixantaine. J’embarquerai donc avec elle.  Le guide Alex, mi-français mi-américain, nous emmène d’abord en direction le phare le Lime Kiln en longeant la côte. On voit un raton laveur, des phoques qui se dorent la pilule sur les rochers, dont des jeunes, des pygargues qui nichent en haut des pins, des puffins. Mais pas d’orque. Le guide est assez calé sur les algues, les étoiles de mer, et la bio en général alors on longe vraiment les rochers et il nous montre pas mal de choses.  Ca pullule d’algues composées d’un long tube au bout duquel il y a de longues feuilles. Il nous fait goûter ces feuilles, pas mauvaises mais pas mon petit dej idéal non plus…

Seals

Le courant s’inverse avant le phare ce qui nous oblige à faire demi-tour. On n’aura pas vu de baleines et encore moins d’orques. Je me demande si je n’aurais pas mieux fait de mettre mes dollars dans une croisière Whale Watching… Bon le kayak c’est quand même fort agréable. Au retour on croisera d’autres phoques, d’autres puffins, d’autres pygargues, d’autres algues, mais définitivement pas d’orques. On sort les bateaux, range le matos et nous voilà repartis sur la route. 12h30 pile à Friday Harbor, nickel. Je récupère la voiture et la met en ligne pour le ferry de 14h15. Je suis 2e dans la file. Je laisse la voiture et demande les instructions. Je peux vaquer jusqu’à 14h et dans ce sens c’est gratuit. « Vous êtes sur ? » « Yes Sir, and happy 4th of July ». Pas sur de comprendre la logique de tarification, mais bon, je prends !

Uncle Sam

Je vais manger un fish n’ chips fait maison au Hungry Clam, un resto dans l’esprit « Road66 », et accroche mon sac au dos de mon siège. J’avale ma pitance et m’en vais… Je me ballade au centre-ville, achète deux cartes postales, un drapeau US pour faire comme tout le monde. Ici la fête nationale est vraiment vécue par tout le monde. Chacun va sortir son drapeau, son écharpe, sa casquette, son sweat-shirt arborant la bannière étoilée. Sans honte, sans crainte de se faire traiter de facho, juste des patriotes fiers de leur pays. Sur cette observation, j’écris mes deux cartes, cherche les timbres qui sont dans… merde mon sac !!! Je l’ai oublié au resto, avec toute la paperasse, le matos photo, le passeport. Gloups ! J’y retourne fissa, heureusement la patronne l’avait mis de côté.

Friday Harbor

Orcas

On embarque finalement et 45min plus tard j’accoste à Orcas. L’embarcadère est mignon. Je prend une route en espérant qu’elle me donnera un  point de vue sur la baie centrale de l’île mais non, on navigue à travers les arbres et puis Dead End / Private Road. Bon… demi tour ! La côte est truffée de belles baraques en front de mer, à moitié cachée par les arbres, et chaque route d’accès est bien marquée Private Road. Ici, si tu veux la vue, tu achètes une maison et après on discute.

Deer Harbor

Sur la route je suis une veille Thunderbird rouge rutilante, je la GoProte jusqu’à Deer Harbor, petite marina à l’abri. Demi tour encore parce qu’il n’y a pas de route circulaire sur cette île. Je monte vers ce qui s’apparente le plus à un village, East Sound, mais c’est plus quelques commerces proches qu’un vrai village. Même la petite Friday Harbor ferait figure de métropole à côté. Je vais jusqu’à la côte nord malgré des travaux qui m’obligent à de multiples détours, et finis par trouver le petit aérodrome local. Ca doit être sympa de voler dans le coin.

East Sound

Je poursuis ensuite plus au sud jusqu’à Moran State Park où se situe mon camping. Les sites donnent sur Cascade Lake et c’est plutôt sympa. Je récolte du bois mort dans l’espoir de faire un feu ce soir. On est en fin d’après midi mais le soleil est encore là pour quelques heures. Je m’attaque ensuite à l’ascension de Mt Constitution, un sommet à 2400ft réputé pour dominer l’île, l’archipel et toute la zone. Je me tâte, à pied ou en voiture ? La flemme l’emporte, à raison, la boucle faisant près de 8 miles / 13 bornes et mine de rien ça monte fort. La balade se serait faite au milieu des pins sans vue donc pas de regret. Le point de vue au sommet et effectivement somptueux mais malheureusement une ribambelle de cumulus de beau temps se sont invités dans le paysage et contrairement à la veille, le Mt Baker et la chaine Olympics sont cachés derrière les nuages.

From Mt Constitution, looking North East

From Mt Constitution, looking South

Je redescends et pars au sud de l’île, vers Olga et Doe Bay. Olga, encore une petite marina à l’abri avec de belles jetées en bois, et Doe Bay, une sorte de village new age, avec un café qui propose des menus végétariens. Ce soir c’est pizza et je me dis que c’est une bonne idée de prendre ça à emporter et de la manger devant le feu de camp plutôt que retourner à East Sound pour manger un énième burger. C’est soirée Open Mic’ au café, j’écoute les mecs chanter en attendant ma pizza. Un mec et une fille font une des Foo Fighters qui me laisse une impression mitigée, entre massacre et inspiration géniale.

Doe Bay

Je rentre avec ma pizza et tente de lancer le feu. Je me galère, les branches d’épines partent trop vite, la mousse séchée ne fait pas de flamme et le bois ne prend pas assez vite, sans doute encore un peu vert. La loose. Je mange ma pizza, plutôt bonne mais bien grasse. J’observe le carton imbibé d’huile et me dis que je tiens mon allume feu. Bingo, c’est un peu sportif mais ça fini par prendre… La satisfaction ultime et ancestrale de l’homme ayant maîtrisé le feu !

Une petite douche et je pars ensuite voir les feux d’artifice à East Sound… dont je n’attends pas grand chose. Mais avant d’allumer leurs feux, il faut que j’éteigne le mien ! Et demain matin, devinez quoi ? Encore un réveil tôt pour aller chercher le ferry qui doit me ramener sur le continent à Anacortes.

Seattle to San Juan.

Retrouvez toutes les photos ici.

San Juan Islands

San Juan Islands

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