Le Rêve Américain – Part V – Mojave

Quoi de neuf depuis Shoshone ? Et bien moulte route et moulte belles choses à clé. Etant donné les prévisions météo qui annoncent un temps de mois de Janvier pour les deux jours à venir dans le coin, rien à sert d’y rester. Route vers le sud, traversée de zones désertes pleines de vide, de buissons qui roulent sur la route, de Joshua Trees aux formes torturées et de lacs salés. Première étape dans la banlieue très Est de Los Angeles, plus précisement Riverside, conté de San Bernadino. Je fais connaissance avec les autoroutes à cinq voies (plus deux bandes d’arrêt d’urgence, une de chaque côté) et les échangeurs à étages. Impressionnant au début, mais finalement bien fichu et pratique. Je m’arrête donc à March Field, aujourd’hui une base de C-17 de l’USAF, et qui héberge par ailleurs un joli petit musée en plein air. Avions certes poussiéreux, mais en bon état et une belle collection de l’inventaire de l’USAF depuis la fin de la guerre. Un SR-71 de plus à mon actif.


Puis retour vers le Nord, direction Antelope Valley, un plateau au Nord de Los Angeles, qui rassemble trois des haut lieu de l’aviation depuis la fin de la guerre également :
* Edwards Air Force Base, alias Muroc Field, que vous connaissez tous si vous avez vu ou lu l’Etoffe des Heros. C’est l’endroit d’où décolle tous les protos de l’USAF et de la NASA, l’endroit qui a vu naître le vol supersonique, le vol hypersonique, le décollage vertical, les avions furtifs, la navette spatiale et j’en passe. La liste des premiers vols effectués ici doit être écrit en taille 7 pour tenir sur un A4 recto verso.
* Mojave Airport, qui a changé de nom pour Mojave SpacePort depuis le succès en 2005 du premier vaisseau spatial civil, SpaceShipOne, construit par Scaled Composites qui a ses bureaux à Mojave, de même qu’Orbital Sciences, BAE, Flight Research Int’l etc. Bref, il règne à Mojave un esprit pionnier, qui faisait bien défaut dans l’aéronautique civile, mais j’en ai déjà parlé.
* Palmdale, Plant 42. Une base de l’Air Force qui ne contient que des usines : Lockheed Skunk Works, Boeing Phantom Works, Northrop Grumman. Bref l’endroit d’où sont sortis tous les black programs depuis le premier : le U-2. Puis les A-12/SR-71, F-117, Darkstar, Have Blue, et bien sûr le B-2.


La visite d’Edwards est prévue pour le lendemain, mais je suis déjà tout excité à l’idée de côtoyer un endroit qui m’a fait rêver depuis tout jeune. Les avions de record, c’est ici, les avions spéciaux, c’est ici, les avions spatiaux, c’est ici, les pilotes d’essais sans peur et sans reproche, c’est ici, le boui-boui de Pancho Barnes, c’était ici. Bref c’est un peu le centre du monde, le sommet de la Grande Ziggourrat pour paraphraser Tom Wolfe. Je coupe un peu dans la pampa, au milieu des Joshua Trees et des buissons qui roulent. La base est là, quelque part au Nord. Je roule, je roule, la route est droite et déserte, et puis un point sombre grossit à l’horizon sur le côté droit de la route. Un gigantesque panneau d’accueil, à l’américaine. Ca y est j’y suis : Edwards AFB.

Je prends une route que j’avais repéré sur Google Earth qui évite les postes de gardes et contourne le lac salé par l’Est. La base est énorme et il faut bien 1h pour en faire le tour. Au détour d’un virage, apparait le lac, gigantesque, plat, ocre, couvert de mirages. C’est le plus grand lac salé d’Amérique du Nord. Il contient 16 pistes d’atterrissage, de toutes dimensions et de toutes orientations, ce qui est bien pratique lorsqu’on doit se poser en urgence. A l’horizon s’alignent les hangars. Juste derrière, un gros grain s’abat sur Mojave. J’espère que c’est passager et que la pluie ne s’invitera pas pour la visite le lendemain, comme l’annonce la météo avec ce vilain front froid qui a fait tomber de la neige à South Tahoe et Yosemite depuis que j’en suis parti.

J’arrive enfin à Mojave au soleil couchant, avec un magnifique double arc-en-ciel en guise d’accueil. Mojave, c’est aussi un lieu de stockage pour avions civils en recherche d’emploi. On y voit quelques MD-11 de Swissair, et d’autres avions de compagnies américaines ayant fait faillite.

Je pose enfin mes valises, dans un motel qui longe la voie de chemin de fer. Vous savez ces longs convois de ferroutage, avec trois loco diesels qui tractent une tetrachiée de wagons, et qui mettent un coup de corne à chaque passage à niveau, comme dans les films. C’est super sympa dans les films, mais quand on « dort » à côté d’un passage à niveau, on s’en lasse assez vite. Allez, dodo quand même, demain levé tôt pour être à l’heure au rendez-vous à l’entrée de la base, et réaliser un autre rêve de gosse.


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4 commentaires

  1. Mes yeux me joueraient-ils un tour? (nan, j’ai pas attaque au calva ce matin…)
    Photo 5 (Welcome to Edwards AFB): c’est toi sur la photo?
    Et… tu voles maintenant? (tes pied ne touchent pas le sol… ou alors, c’est un photo montage!)

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