Biscarrosse

Aéronautique. Voilà un mot bien inspiré. Comme tout le vocabulaire relatif à l’aviation, il est fortement empreint de connotations navales et marines. Les avions et les bateaux sont des machines dont les formes pourtant très différentes cachent des similitudes parfois très fortes. En premier lieu, ni l’une ni l’autre ne sont terrestres et elles échappent de fait au royaume du banal. Leurs capitaines en retirent d’ailleurs une aura toute particulière qui les distingue du commun des mortels. Elles symbolisent toutes deux le voyages, la conquête de l’homme sur l’élément. L’une flotte sur l’eau – merci Archimède – quand l’autre flotte dans l’air – merci Bernoulli. Elles sont capables des plus grands exploits mais n’en restent pas moins extrêmement fragiles. Les hélices, le gouvernail, la voilure, le carénage, bâbord, tribord, le pont, le courrier, la soute, on pourrait trouver des exemples de points communs à foison.

Alors naturellement, l’idée de marier les deux ne date pas d’hier. Premier vol des frères Wright en 1903. Premier déjaugeage d’un hydravion sur l’étang de Berre par Henri Fabre en 1910, moins de sept ans plus tard. Tout d’abord munis de simples flotteurs en guise de train d’atterrissage, le dessin des hydravions s’est rapidement affiné pour donner dans les années trente des machines somptueuses, rapides et efficaces dont on a bien cru qu’elles mettraient au placard les avions terrestres et leurs encombrantes pistes de décollage. Bien évidemment en mariant l’avion au bateau, on maria le meilleur de la paire : des courbes pour fendre l’eau et des courbes pour fendre l’air. Et bien évidemment, leurs capitaines en profitèrent pour rajouter le mystère du marin au prestige de l’aviateur.

La France étant un des creusets les plus fertiles en terme d’aviation, il est logique qu’elle compte les plus grands temples de l’hydraviation. Parmi ceux-ci, Biscarrosse et son lac. Le site fut choisi en 1930 par Pierre-Georges Latécoère pour servir de point de départ à ses hydravions, qui devaient porter loin les couleurs de l’aéronautique française. Bien sûr on connait tous la suite. Bien sûr les pistes encombrantes ont gagné, et les hydravions sont devenues des bêtes anachroniques. Mais Biscarrosse est resté ce temple et une des rares hydrobases actives à plein temps du territoire.



Tous les deux ans s’y tient à l’Ascension un des plus grands rassemblements d’hydravions d’Europe. Ascension rime avec pont et cette année elle rimait même avec 1er mai, et Dieu – grand amateur d’hydravions – avait installé une tempête de ciel bleu sur l’Hexagone pour l’occasion. Et votre serviteur – grand amateur d’hydravions – y était aussi mais pour une fois il ne s’est pas contenté de faire des photos, puisqu’il faisait partie de l’équipe de piste. Pour faire court, il s’agit de la bande de rampants en gilets jaunes fluo qui s’évertuent à essayer de guider les avions sur le tarmac et à les parquer au cm, la place étant comptée. Très bonne expérience soit dit en passant, malgré les courbatures à pousser et repousser les avions sur la ligne centrale. L’occasion également de monter à l’arrière de certains hydravions pour un tour au dessus de la pinède et de la plage, mais ceci est une autre histoire…


Merci à © S. Beilliard pour la photo de gauche, et à l’équipage du Caravan pour l’autre



Sur le petit porte-hydravions de Biscarrosse, on pouvait trouver cette année entre autres quelques Cessna, du petit 150 local au grand 208 Caravan descendu de Suède pour l’occasion, des Piper Cub, un magnifique Beaver, un Maule (peu élégant dans sa version terrestre, mais superbe en hydro, surtout quand il est bichonné à la British), un monstrueux AT802 FireBoss bombardier d’eau. Concernant les hydro à coque, un Twin Bee, un Lake Renegade, le tout dernier Dornier S-Ray et une ribambelles d’hydroULM au design très recherchés. Clou du spectacle, l’incroyable Dornier Do-24ATT, dont les traits reptiliens font de lui le dernier dinosaure d’une longue et belle lignée. Surmotorisé par trois turboprop en remplacement des BMW à piston d’origine, le Do24 est réellement un avion unique, au propre comme au figuré.




Biscarrosse, ce n’est pas qu’une hydrobase, c’est aussi un petit aérodrome duquel s’élançaient les démos aériennes variées qui venaient ponctuer l’après midi




Enfin, après les démos, une fois que le public est reparti chez lui plein de bon souvenirs, et que le soleil se couche, commence un dernier spectacle :





Biscarrosse, vous l’aurez compris, restera un excellent souvenir. Rendez-vous est donné pour 2010, et il sera alors temps de célebrer le Centenaire de l’Hydraviation.

5 commentaires

  1. Rhhaaaaaa lovely !
    Recommandé : Les Paquebots Volants qui raconte comment la France était au top de ce qui se faisait en hydravions à l’époque… et comment les Nazis ont confisqué ou pas ces avions.

    Autre truc intéressant : pourquoi faisait on des hydravions à l’époque ? Histoire de train d’atterrissage en fait. Les pistes de l’époque étaient souvent mauvaises et nécessitaient d’avoir des pneus fort peu gonflés… d’où une surface de contact énorme pour de gros avions et un train en conséquence très lourd… il était plus simple de passer à un avion à coque de bateau plus lèger, et qui d’autre part permettait de se poser en mer en cas de traversée de l’Atlantique par exemple…

    La fin de la guerre et l’essor de pistes en béton correctes permit d’augmenter fortement la pression des pneus… ce qui mit fin à ces énooooormes machines, à part cas rare comme Beriev.

    Tiens je me dis que j’irais bien faire un tour en Mer Noire un de ces mois de spetembre…
    Stéphan, fan de ces trucs à la con…

    Dialogue imaginaire :
    Stéphan : vous connaissez les ekranoplans
    Robin : non c’est bon Stéphan t’en as déjà parlé
    Stéphan : ah bon, nan paske tu t’rends pas compte mais…

    etc.

  2. Bonjour…

    Je viens de spotter un drôle d’avion dans mon ciel, mais je n’ai aucune idée de ce que c’est… Ca me rappelle vaguement un CESSNA Caravan, mais je ne suis vraiment pas sûre de mon coup… Vous avez l’air d’avoir beaucoup d’expérience dans le domaine, peut-être pouvez-vous m’aider :

    lunedemaledaumon.blogspot…

    D’avance merci pour votre réponse, et pardon pour le dérangement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *