PNW’13 – Day 2 – From Canyon Village to Sylvan Pass

L’avantage du décalage horaire dans ce sens c’est que ça ne pose aucun problème de se lever tôt les premiers jours. Et pour observer la faune, il y a deux périodes clés de la journée : lever et coucher du soleil. Il était annoncé grand beau pour la journée, donc je compte bien en profiter dès les premiers rayons. J’avais prévu de m’habiller chaudement pour la nuit et j’ai bien fait. Parce que ce matin en ouvrant la tente c’est la surprise : 0°C et du brouillard à couper au couteau. Faux départ ? Ben non, je suis habillé réveillé alors on y va et bien m’en prend. Je n’ai pas fait un km que je retrouve déjà mon wapiti de la veille, qui m’attendait patiemment dans le même virage que la veille. A peine plus loin, le harem de ce monsieur. Bon au niveau photo, on compte plus sur le matos que sur le photographe et dans ces conditions et je prie le Dieu ISO de faire des miracles.

Sir Elk

Ladies Elk

L’ambiance est sourde, dans du coton, et j’avance au pas, découvrant les silhouettes qui bordent la route au dernier moment. Je marche ensuite une heure dans le brouillard total en espérant ne pas tomber sur un ours. J’entends des grognements sur ma gauche et me fige, puis rebrousse chemin jusqu’à me retrouver coincé par un cours d’eau. Là dans le brouillard, je vois un magnifique héron en pleine chasse. Faisant fi des grognements qui se rapprochent derrière moi, je dégaine.

Before

After

Pas crédible ? Bon OK, la véritable histoire est moins glamour : passant sur un petit pont, je bloque les freins. Là, à 2m côté passager, un héron les pieds dans l’eau, les yeux rivés sur sa proie. Le temps de baisser la vitre et de prendre la 1ere photo, plouf, un coup de poignard dans l’eau, et voilà qu’il repart avec sa pitance du matin. Voilà deux photos prises au volant, zéro mérite si ce n’est de s’être levé ce matin. J’aime bien ce bled.

Je termine ma patrouille à l’aube par un troupeau de bisons qui broutent tranquillement cette plante particulière qui recouvre les plaines et dont ils sont friands, et dont je n’ai pas réussi à savoir le nom. Un herbe-buisson au reflet vert-pale. Pour le coup, les grognements se font vraiment entendre et la vapeur leur sort des naseaux. Quelques photos et je décide de rentrer au camp pour prendre la douche qui m’a manqué au petit matin, en espérant que le brouillard se lève dans l’intervalle.

Bisons in the mist

Bisons in the mist

Bisons in the mist

Bisons in the mist

Le subterfuge marche, ou alors est-ce la douche qui m’a décollé les paupières, mais on y voit désormais beaucoup mieux et le ciel est bleu. J’aime vraiment bien ce bled. Direction North Rim pour avoir les lumières du matin sur le Canyon et la cascade de Lower Falls. Le spectacle au rendez vous. Je descend jusqu’à Red Rock trail et prend le petit dej devant la cascade. Les dernières barbules de brouillard s’agrippent aux sommets des pins mais le soleil et le plus fort. Instant magique. C’est le jaune de la terre qui constitue les parois du canyon qui a donné son nom au parc, et ce n’est pas galvaudé. L’éclairage est différent d’hier soir et la cascade prend des teintes vertes à la cassure assez remarquable.

Lower Falls

Red Rock Trail

Shades of Green

Red, Green & Yellow

Je fais ensuite le tour du Canyon pour rejoindre un autre point de vue sur South Rim, encore meilleur que le premier. Celui-ci vous place directement dans l’axe de la chute. Tous les parcs nationaux américains ont leur Artist Point et Yellowstone ne déroge pas à la règle. C’est souvent exagéré mais ici, c’est amplement mérité. Pour marquer le coup, un peintre a planté son trépied et en réalise une aquarelle. Il a ses pinceaux, j’ai mon déclencheur, que le meilleur gagne !

Artist Point

Artist Point

Artist Point

J’avais initialement prévu de gambader sur le Mount Washburn aujourd’hui, mais la météo d’hier a un peu chamboulé les plans. Je décide de faire aujourd’hui ce que j’avais prévu pour après demain : descendre la Yellowstone River jusqu’à Fishing Bridge, longer le lac par le Nord et monter la route du Sylvan Pass qui m’emmènera vers l’Est et Cody, la ville de Buffalo Bill, si je la poursuivais. Je retrouve la route empruntée ce matin dans le brouillard, et les ombres de l’aube sont désormais bien identifiables. Les premiers attroupements de touriste en bordure de route apparaissent également. Ici on parle de Bison Jam, de Elk Jam voire de Bear Jam. Alors que je longe la rivière vers le sud, je vois une magnifique paire d’ailes qui tournoie en surplomb. Un pygargue, alias l’aigle chauve américain, celui des billets de banque et du sceau du président des Etats-Unis. Oiseau emblématique, et superbe à voir évoluer. J’ai hâte d’en avoir un dans le viseur, et voilà qu’il se pose sur la berge juste en face à moins de 200 mètres. Mais je n’avais pas encore monté le 300mm depuis hier et il est dans son emballage dans le coffre. Je saute de la voiture, dans le coffre, commence à déballer ça quand un corbeau déboule à grand cris. Je sens le coup venir, celui-ci protège son territoire et veut mettre l’aigle, trois fois sa taille, en fuite. Je ne presse encore plus et évidemment, quand je suis prêt à shooter, l’aigle détale devant les assauts du corbeau. Saloperie de volaille ! Je suis français moi monsieur, j’ai payé pour venir ici ! Je poursuis ma route un peu fâché, jurant de m’acheter un fusil pour toutes les fois où la nature ne se montrera pas collaborative… Mais je reviens vite à mon état d’extase initial en descendant le paradis vert que constitue la Hayden Valley, un des nids à bestiaux du parc. Et ça ne manque pas, bisons, coyotes, et mon premier ours au loin, très au loin, que je n’aurai pas vu si ce n’avait été pour l’armée de retraités munis de longue vue. J’essaye au 600mm… oui j’ai bien un pixel brun au milieu de l’herbe verte.

Yellowstone River

Bison jam

Coyote

Hayden Valley

Un peu plus loin sur la route, je repasse à Sulfur Point aux odeurs de bombe puante et Mud Volcano qui m’avait acceuilli à coup de grêle la veille. C’est plus sympa sous le soleil, c’est indéniable. Mud Volcano laisse s’échapper une vapeur qui fait penser à la porte de l’enfer. D’ailleurs la suite de la route oscille entre vie luxuriante et paysages de désolation. La politique du parc est de laisser les feux de forets se développer, parce qu’ils font partie intégrante du processus de régénération des sols et de la flore et que la faune ne s’en accommode pas si mal. Alors bien sûr parfois ça dégénère comme en 1988 quand une majeure partie du parc avait été réduite en cendres par des semaines d’incendies. Mais la plupart du temps la prochaine pluie suffit pour éteindre les feux de forêts. Le paysage en porte de fait les stigmates, des zones entières de troncs morts et calcinés, tiges noires pointées vers le ciel comme ces allumettes-étincelles qu’on met sur les gâteaux d’anniversaire.

Mud Volcano

Yellowstone River

Dead forest

Sulfur Point

La route m’amène jusqu’à Fishing Bridge, petit pont en bois d’époque qui craque sous la roue, où le lac Yellowstone se transforme en rivière. Des pélicans y ont élus domicile, et c’est également un bassin d’élevage de la truite locale, qui survit difficilement à l’invasion de la truite d’élevage introduite à la va vite pour le plaisir des pécheurs il y a une vingtaine d’année. J’en profite pour faire une pause casse-croute sans trop me méfier du soleil qui tape en fait assez sévère. Une demi-heure plus tard, je repars avec ce qui va devenir un beau coup de soleil.

Fishing bridge

Yellowstone Lake’s end

Le route vers le col de Sylvan Pass alterne les portions de forêts vivantes, les bords de lac parsemé de fumeroles, et les espaces de forêts mortes qui rappelleraient des mauvais souvenirs à tous les enfants traumatisés par la forêt de Blanche Neige, dont je fais parti. Un point de vue me donne une vue imprenable sur Mary Bay, le lac et la chaine des Tétons plus au sud. Dans le ciel les bancs de cirrus jouent au Pictionnary avec moi.

Cirrus

Overview of Yellowstone Lake

Dead forest on Sylvan Pass road

Mary’s Bay

La route monte plus fort et le vert reprend ses droits sur les branches des pins, jusqu’au moment ou plus rien, je suis au col et le décor n’est plus qu’un désert de caillasse. C’est le signe du demi tour pour moi et – fait rare – je reprends le même chemin pour revenir à mon point de départ. Sur la route je m’arrête à Indian Pond pour me faire une petite ballade entre forêt et bord de lac, avec toujours ce sentiment ambivalent de vouloir croiser des grosses bébêtes mais sans savoir quoi faire si j’en vois une. Mon ambition est coupée net par un gros coup de mou, contrecoup du coup de soleil que je me suis chopé sur le front et sans doute du décalage horaire pas encore complètement digéré. Je traite ça par une power nap au fond de la voiture et c’est reparti pour un tour. Le chemin sympathique m’emmène jusqu’à Storm Point (ils aiment bien les noms qui claquent là-bas) et longe en parti le bord du lac. Alors que je marche sur les rochers en bord d’eau, je vois une boule de poil roux qui s’enfile entre deux cailloux. Première rencontre avec les marmottes locales, qui comme toutes les bestioles ici, ne sont pas farouches pour un sou. Je remonte par la forêt, moyennement rassuré par les 10 mètres de visi devant, derrière sur les côtés. Pas mécontent de retrouver la voiture.

Indian Pond

Marmottus Yellowstonius

L’après midi est déjà bien entamée, le soleil a tourné à l’ouest et il est temps de revenir vers le canyon où il me reste un point de vue à tester. En chemin, c’est la cohue sur la route, on se croirait sur le périph, la faute aux bisons. Je m’arrête sur South Rim, pour aller faire le Uncle’s Tom trail que j’avais délaissé plus tôt. Le sentier vous amène d’abord sur un point de vue sur la cascade d’Upper Falls, la petite, puis 300 marches plus bas, vous tombez au pied de Lower Falls, la grande. Ce sont de grands escaliers en fer installés au début du siècle par le dénommé Oncle Tom (rénovés depuis) mais pour le touriste américain en surcharge pondérale, c’est de la via ferrata. Cela dit je suis moi-même limite sur le vertige mais il y a bien pire que moi. Concentration à la remontée, je grimpe les marches deux par deux. On transpire un peu, effort ou inconfort, qui sait ?

Lower Falls

Canyon

Lower Falls view

North Rim

Il est un peu tôt pour rentrer au camp, je décide d’aller voir du côté du Mt Washburn que je devais initialement randonner. La route grimpe au milieu de la forêt et donne un beau point de vue sur la caldera, c’est à dire la limite de l’ancien volcan gigantesque que sert de berceau au parc Yellowstone, et qui est à la source de toute cette géothermie et de cette vie surabondante. Quoique, ici encore des hectares entiers ont brulé, et la face nord du Washburn donne plus dans la désolation. Une piste en terre défoncée m’emmène quasiment jusqu’au sommet, mais le soleil se voile et le vent se lève, il est temps de rentrer, ou presque. Je profite du couchant pour aller voir du côté de Norris, et la route vous fait passer dans une zone dévastée par l’incendie de 1988. Les deux générations de végétations sautent aux yeux, les jeunes pins vert criard de deux mètres de haut cherchant leur chemin vers le ciel au travers de long tronc noirâtres.

Ce fut une bonne et longue journée comme je les aime et je la termine par une heure à la laverie histoire de squatter une prise électrique pour recharger toute ma quincaillerie et vider les photos. Je mange un morceau, il est 21h, je m’endors avant de toucher l’oreiller.

J’aime vraiment beaucoup ce bled.

Retrouvez toutes les photos ici

Canyon to Sylvan Pass

Canyon to Sylvan Pass

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